Photo: Chris J Bradshaw/Shutterstock
Quand on pense aux cryptomonnaies, on imagine sans doute des graphiques, des envolées de cours et des traders qui vérifient leur téléphone en pleine nuit. Mais derrière le Bitcoin et les autres monnaies numériques se cache une technologie qui peut servir à bien plus qu’à la spéculation financière.
La blockchain fait désormais son apparition dans le monde physique. Parfois comme solution ingénieuse à un problème sérieux, parfois dans une application qui semble presque trop étrange pour être vraie.
Du chauffage de logements grâce à des mineurs de Bitcoin aux vaches servant de garantie numérique : voici trois applications insolites de la crypto et de la blockchain, du plus remarquable au carrément absurde.
1. Chauffer une ville finlandaise avec du Bitcoin
Le minage de Bitcoin est connu pour être un processus énergivore. Les puissants ordinateurs qui traitent les transactions et produisent de nouveaux bitcoins consomment non seulement beaucoup d’électricité, mais génèrent aussi d’énormes quantités de chaleur.
En Finlande, on étudie comment exploiter utilement cette chaleur.
Le mineur de Bitcoin Marathon Digital Holdings utilise, dans le cadre d’un projet pilote, la chaleur résiduelle de ses équipements de minage pour chauffer de l’eau.
Cette eau chaude circule ensuite via un réseau de canalisations souterraines jusqu’aux habitations. Ce système est connu sous le nom de chauffage urbain.
Le projet a une puissance de 2 mégawatts et fournit du chauffage à une ville d’environ 11 000 habitants. Plutôt que de laisser simplement cette chaleur se dissiper, elle est donc utilisée pour maintenir au chaud les foyers finlandais.
C’est non seulement confortable pendant un hiver rigoureux. Le projet doit également contribuer à réduire les émissions de CO2 et les coûts opérationnels.
Le minage de Bitcoin comme radiateur numérique : finalement, ce n’est pas si étrange que ça.
2. Des vaches comme garantie sur la blockchain
Une vache est un bien précieux. Pourtant, il est difficile pour les agriculteurs brésiliens d’obtenir un prêt en mettant leurs animaux en garantie.
Le problème, c’est qu’une vache peut tomber malade, produire moins de lait, voire mourir. Pour les banques et les investisseurs, cela fait de l’animal une garantie plutôt incertaine.
L’entreprise technologique brésilienne Cowmed tente de résoudre ce problème en tokenisant les vaches laitières.
Chaque vache est ainsi associée à un actif numérique sur la blockchain. L’animal peut de ce fait être formellement enregistré comme bien meuble et utilisé comme garantie.
Pour cela, les vaches portent un collier intelligent relié à leur jeton numérique. Ce collier suit en permanence des données sur la santé et le comportement de l’animal.
Les investisseurs n’ont donc plus besoin de croire aveuglément à l’affirmation que Berta se porte à merveille aujourd’hui : ils peuvent vérifier l’information numériquement.
Lors d’un projet pilote mené avec dix vaches laitières, un prêt d’environ 17 000 euros a ainsi pu être accordé. Aujourd’hui, environ 100 000 vaches portent déjà un collier Cowmed permettant de surveiller leur santé.
Cette technologie offre aux agriculteurs une nouvelle alternative au financement traditionnel. Dans le même temps, le suivi continu de la santé réduit le risque pour l’organisme qui accorde le prêt.
Cela peut sembler tout droit sorti d’un épisode de Black Mirror version ferme, mais pour les agriculteurs, une vache sur la blockchain peut faire toute la différence entre accéder ou non à des capitaux.
3. Faire caca contre des cryptos en Corée du Sud
L’application la plus insolite se trouve à l’Ulsan National Institute of Science and Technology, ou UNIST, en Corée du Sud.
Le professeur Cho Jae-weon y a développé les toilettes écologiques BeeVi.
Ce nom vient de la combinaison d’une abeille et d’une vision. Les toilettes utilisent une pompe à vide, ce qui nécessite beaucoup moins d’eau pour évacuer les excréments humains.
Ceux-ci sont ensuite envoyés vers une cuve souterraine. Là, des micro-organismes décomposent les déchets et les transforment en gaz méthane. Ce gaz peut ensuite être utilisé pour une cuisinière à gaz, un chauffe-eau et une pile à combustible dans le bâtiment.
Une production quotidienne moyenne de 500 grammes d’excréments peut générer environ 50 litres de gaz méthane, soit assez pour produire environ 0,5 kWh d’électricité.
Selon les calculs du projet, une voiture pourrait parcourir environ 1,2 kilomètre avec cette quantité d’énergie.
Mais les toilettes ne produisent pas que de l’énergie. Les utilisateurs reçoivent également une monnaie virtuelle appelée Ggool, le mot coréen pour désigner le miel. Une seule visite aux toilettes peut rapporter jusqu’à 10 Ggool par jour.
Les étudiants peuvent dépenser leur récompense numérique via un QR code sur le campus. Ils peuvent ainsi payer, grâce à leurs visites aux toilettes, du café, des nouilles, des fruits ou encore des livres.
L’expression « jeter l’argent par les toilettes » prend ainsi soudain un contrepied pour le moins inattendu.
Le projet BeeVi a été repris par des médias du monde entier. Depuis 2022, cependant, aucune avancée scientifique ou commerciale majeure n’a été signalée, laissant penser à un déploiement à l’échelle nationale ou internationale.
Pour l’instant, il s’agit donc surtout d’une expérience locale à visée pédagogique, qui montre comment les déchets humains peuvent être transformés en énergie et en valeur économique.
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